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Tuesday, September 29, 2026

Des humains et des robots

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C’est une histoire que l’on pense être une histoire de robots usurpateurs, mais qui est d’abord une histoire humaine.

Celle d’un homme qui a voulu créer (peut-être pas écrire, mais créer) quelque chose qu’il pensait que sa société d’accueil aimerait, et qui a réussi à le faire de manière spectaculaire, inattendue. Celle des milieux littéraire et médiatique et de leur société qui aime les gens capables de les rassurer sur le fait que le Québec est accueillant et empathique. Celle des milieux littéraire et médiatique qui ont perdu quelques réflexes.

Il faut écouter, aujourd’hui, avec le champ de vision qui s’est élargi, les entrevues à la sortie du livre, et sentir le puits qui s’ouvre dans nos poitrines. C’est toujours injuste de juger l’ombre du passé à la lumière du jour, mais il faut bien le faire, pour apprendre.

Thélyson Orélien dit avoir récolté, pour C’était ça ou mourir, des témoignages de personnes migrantes « un peu partout », en voyage, et ici, à Montréal. L’entendre répondre des phrases laconiques comme « J’étais au Stade olympique, au moment où les gens passaient. Au moment de Denis Coderre et tout. Et après ça, j’ai continué » aux fragiles questions qui lui ont été posées sur le sujet est instructif. Entendre ses interlocuteurs essayer de combler le silence dans ces entrevues laborieuses l’est aussi.

Soit cet auteur propulsé sous les feux de la rampe avait besoin d’être coaché (c’est souvent terrible, d’avoir à donner des entrevues, quand on veut d’abord écrire)… soit il avait besoin qu’on éteigne les lumières et qu’on parle cœur à cœur.

Au-delà de Pangram et des autres logiciels du genre qui, de plus en plus, avec le raffinement de l’intelligence artificielle (IA) nourrie par tout ce qu’on lui donne en cadeau (combien de gens, depuis quelques jours, ont testé leurs écrits dans la machine, qui les a avalés ?), auront du mal à distinguer le vrai du faux, il y a quelque chose de tellement trop humain, dans le parcours de comète de C’était ça ou mourir.

Un besoin d’appartenir, un effet de meute, un manque d’écoute, un manque de curiosité réelle pour la personne, au-delà de ce qu’elle représente, un manque de curiosité réelle pour la démarche, aussi.

C’est comme dans les examens de mathématiques : la démarche, le processus laisse des traces. Je parle non pas de celles plus formelles dont on discute depuis quelques jours, des versions, des notes. Je parle des traces à l’intérieur de la personne qui a traversé, dans ce cas-ci, non seulement le processus d’écriture en soi, mais tout ce qui y a mené.

Un homme capable de ressentir les choses, pas une machine, un humain, avec un cœur, ne peut pas faire la démarche dont il parle, rencontrer les gens, leur parler, recueillir leur histoire, sans avoir été profondément marqué — sans que quelque chose, à l’intérieur de lui, se soit transformé en cours de route. C’est peut-être ça qu’il aurait fallu lui faire raconter. Sur les grands plateaux, avant les grands plateaux.

C’est cette trace-là, très difficilement falsifiable, à moins d’être un acteur très doué, qui est la plus importante : l’impact du processus de création. Il faut un corps, pour avoir des cicatrices.

Aujourd’hui, ce que je veux savoir, c’est comment il a fait pour créer avec la machine (selon toute vraisemblance) ce livre que plusieurs ont lu en pleurant. Pourquoi il l’a fait, et comment, et ce qu’il lui reste après tout ça. De ça, il saurait peut-être mieux parler. Les lumières éteintes.

Cette histoire est aussi celle de tous les autres humains qui, depuis quelques jours, demandent à la machine de leur dire que ce qu’ils écrivent, que ce qu’ils pensent est assez spécial pour ne pas être jugé robotique. Cette histoire est celle de nous tous, petits êtres fragiles qui passons notre vie à chercher la confirmation que ce que nous sommes est spécial, et qui réalisons, souvent sur le tard, qu’en effet, ce que nous sommes est spécial, oui, aussi spécial que le sont les milliards d’autres humains, eux-mêmes aussi spéciaux que les milliards de milliards d’étoiles.

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