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Friday, September 25, 2026

Peu de femmes et de minorités dans les circonscriptions gagnables

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Les candidats issus de la diversité ont beau être de plus en plus nombreux à se présenter aux élections québécoises, rares sont encore ceux à briguer une circonscription où leur parti a de réelles chances de l’emporter. À l’heure actuelle, seuls cinq candidats des minorités visibles se présentent dans une circonscription où leur formation est pratiquement assurée de gagner le soir du 5 octobre.

Le Devoir a passé au peigne fin les 635 candidatures des cinq principaux partis afin de recenser les personnes issues des minorités visibles ainsi que les candidats autochtones, puis a croisé ces données avec les projections électorales de Qc125.

Selon notre analyse, 112 candidats sont issus de la diversité, soit près de 18 % de l’ensemble des candidatures. Or, seuls cinq se présentent dans une circonscription où leur parti affiche plus de 99,9 % de chances de victoire, selon les chiffres de l’agrégateur de sondages Qc125. Trois sont d’ailleurs des députés sortants.

Cinq autres candidats issus de la diversité se présentent plutôt dans une circonscription où leur formation a plus de 70 % de chances de l’emporter. Au total, ce ne sont donc que 10 des 112 candidats de la diversité, soit 9 %, qui se trouvent dans une circonscription où leur parti est donné favori. Chez les 523 autres candidats, ne faisant pas partie d’une minorité visible, ils sont 85 dans cette situation, soit 16 %.

En somme, 98 des 112 candidats issus de la diversité, soit 88 %, ne sont ni favoris ni engagés dans une course où leur parti est considéré comme compétitif.

Ces chiffres ne surprennent pas Marc-André Bodet, professeur agrégé à l’Université Laval et spécialiste de l’analyse quantitative en politique québécoise et canadienne. « Les études démontrent qu’il n’y a pas un manque d’appétit de la part de l’électorat pour des candidatures qui viendraient de la diversité culturelle ou de genre ou encore de candidates femmes. L’endroit où ça bloque, c’est au moment des nominations, dans la sélection de ces candidatures. »

Si les projections actuelles se concrétisent, la prochaine Assemblée nationale pourrait donc compter une proportion de députés issus de la diversité inférieure au poids démographique des minorités visibles. Celles-ci représentaient près de 16 % de la population québécoise en 2021, selon le recensement datant de la même année.

Une pratique intentionnelle ?

Les partis politiques placent-ils intentionnellement les candidats issus des minorités dans des circonscriptions leur étant défavorables ? Les études laissent plutôt croire qu’il s’agirait de biais inconscients chez les responsables du recrutement au sein des associations locales, qui font eux-mêmes rarement partie d’une minorité.

Les personnes des minorités et les femmes seraient également moins portées à faire pression pour être candidates dans les circonscriptions les plus prometteuses.

Cela dit, tant la population que les partis politiques sont devenus plus sensibles aux enjeux de représentation, souligne Marc-André Bodet. Il cite notamment le récent cas de Québec solidaire (QS), qui a dérogé à sa règle réservant les circonscriptions qu’il détient déjà aux candidatures féminines ou non binaires afin de pouvoir présenter son candidat vedette, Alexandre Boulerice, dans Gouin. « La réaction a quand même été assez forte […] Ça me semble la preuve qu’il y a eu de la pédagogie », souligne-t-il.

Lors du scrutin de 2022, 15 députés issus des minorités visibles avaient été élus à l’Assemblée nationale, soit environ 12 % des 125 élus, selon les données de l’Observatoire québécois de la diversité ethnoculturelle.

Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs choisi de ne pas solliciter un nouveau mandat, notamment Lionel Carmant, Marwah Rizqy et Haroun Bouazzi. D’autres se retrouvent dans des courses où ils sont actuellement projetés perdants, dont Alejandra Zaga Mendez (QS), Shirley Dorismond et Kateri Champagne Jourdain (toutes deux de la Coalition avenir Québec).

La parité hommes-femmes à risque

On observe d’ailleurs le même phénomène du côté des candidatures féminines. Cette année, les femmes représentent près de 46 % des candidatures. Or, dans les 95 circonscriptions où un parti est actuellement donné favori, seules 40 femmes portent les couleurs de la formation en tête, ce qui représente 42 % des candidatures les mieux placées. Les hommes, eux, sont 55 (58 %).

L’écart peut sembler modeste, mais il pourrait suffire à faire reculer la représentation des femmes à l’Assemblée nationale, prévient Valérie Caron, directrice générale du Groupe Femmes, politique et démocratie (GFPD). « Est-ce qu’on doit se contenter de quelque chose de médiocre ? Le 42 %, c’est le bas de la fourchette de parité, ce qui met à risque la présence des femmes au Parlement », prévient-elle.

« Si on veut avoir une parité 40-60 au Parlement, il faut avoir un nombre suffisant de femmes parmi les candidatures. Mais encore faut-il qu’elles soient bien positionnées dans des circonscriptions sûres. On n’offre pas la même égalité d’accès au Parlement, finalement », poursuit-elle.

Le portrait d’ensemble de la parité demeure toutefois difficile à prévoir, puisque 32 circonscriptions font encore l’objet de courses serrées. Valérie Caron s’inquiète néanmoins que la représentation féminine recule pour la première fois depuis plusieurs élections.

La représentation des femmes à l’Assemblée nationale avait fait un bond en 2018 pour atteindre 42,4 %, avant d’établir un nouveau sommet, à 46,4 %, en 2022.

Pour prévenir les reculs, le GFPD milite depuis plusieurs années en faveur d’une loi qui forcerait les partis politiques à atteindre la parité. Cette année, presque toutes les formations se situent dans la zone paritaire, à l’exception du Parti conservateur du Québec, dont 73 % des candidatures sont masculines et 27 % féminines.

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