Chandails controversés : une initiative « haineuse », « honteuse » et « grotesque »

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La fondatrice de la Journée du chandail orange – appelée désormais Journée nationale de la vérité et de la réconciliation – dit avoir eu la nausée lorsqu’elle a appris que des chandails orange portant des slogans tels que « Creusez plus profondément » et « Toujours aucune preuve » étaient vendus en ligne.
Retenant ses larmes et s’exprimant depuis Tk̓emlúps te Secwépemc, en Colombie-Britannique – où la découverte de tombes non identifiées a été annoncée en 2021 près du site d’un ancien pensionnat pour Autochtones –, Phyllis Webstad a déclaré que sa campagne était utilisée de manière haineuse
.
J’essaie de comprendre pourquoi ils croient qu’il est acceptable de blesser les gens
, a-t-elle dit.
En 1976, Mme Webstad portait un cadeau de sa grand-mère, un chandail orange, lors de sa première journée à un pensionnat de la mission Saint-Joseph, à Williams Lake, en Colombie-Britannique. Le chandail lui a été confisqué par les responsables de l’établissement et ne lui a jamais été rendu.
Mme Webstad a fondé la Journée du chandail orange le 30 septembre, il y a 13 ans, afin de rendre hommage aux enfants autochtones qui ont été contraints de fréquenter les pensionnats.
Une vérité mise de côté
À la fin du mois d’août, Rebel News a annoncé qu’il vendait des chandails orange sur son site web à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, précisant que ces chandails visaient à remettre en question la politique identitaire que les Canadiens sont de plus en plus poussés à accepter et à défendre la vérité dans toute son ampleur au sujet de notre histoire canadienne complexe
.
Parmi les slogans imprimés sur les chandails, on trouve Toujours aucune preuve
, Vous ne pouvez pas supporter la vérité
, Vérité enfouie
et Creusez plus profondément
, ainsi que Le Canada a été bâti, pas volé
.
Phyllis Webstad a qualifié ces ventes d’attaque directe contre son travail au sein de l’Orange Shirt Society.
C’est ma vérité et ce que je sais, c’est la vérité, a-t-elle souligné. On dirait que cette vérité n’est pas respectée. Elle n’est pas comprise. Elle est mise de côté.
Dans une déclaration envoyée par courriel, Ezra Levant, fondateur et propriétaire de Rebel News, a renvoyé CBC News vers une vidéo publiée sur son site web annonçant la mise en vente des chandails, affirmant que le journaliste aborde ces enjeux avec compassion
.

Rebel News a lancé une nouvelle collection de vêtements négationnistes à l'approche de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.
Photo : Capture d’écran/rebelnewsstore.com
Au nom de la liberté d'expression
L’objectif déclaré de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation est noble : honorer les survivants des pensionnats et leurs communautés en reconnaissant les répercussions durables du système des pensionnats pour Autochtones au Canada, afin que les Canadiens puissent mieux comprendre son héritage dans le cadre de notre cheminement continu vers la vérité, la guérison et la réconciliation
, a écrit M. Levant en citant les propos tenus dans la vidéo.
Dans celle-ci, le journaliste de Rebel News poursuit en disant : Mais cinq ans plus tard, on continue de dire aux Canadiens qu’il y a certaines vérités qu’ils n’ont pas le droit de remettre en question.
M. Levant a ajouté dans son communiqué que le personnel de Rebel News est attaché à la liberté d’expression, y compris au droit de rechercher la vérité
et que ces chandails orange constituent une réponse à l’intention des personnes qui sont forcées de porter des chandails orange à l’école ou au travail, dans le cadre d’un discours politique officiel
.
Aucun Canadien ne devrait être contraint d’appuyer une opinion politique quelconque, y compris celle véhiculée par la Journée du chandail orange.
Dans la vidéo faisant la promotion des chandails, le journaliste de Rebel News affirme que ce qui se trouve très probablement sous le sol du verger de pommiers du site de Kamloops, c’est une ancienne fosse septique
.
Une histoire familiale
Mme Webstad a cité le Centre national pour la vérité et la réconciliation, qui a jusqu’à présent recensé plus de 4000 décès d’enfants autochtones dans le système des pensionnats au Canada.
Elle a indiqué que sa propre tante, Agness Jack, avait partagé un témoignage personnel sur la vie au pensionnat de Kamloops dans un livre publié en 2001et intitué Derrière des portes closes : témoignages du pensionnat de Kamloops.
Mme Webstad a également précisé que sa grand-mère et les dix enfants de celle-ci, dont sa mère, avaient tous été contraints de fréquenter un pensionnat.
Ma mère était tellement traumatisée qu’elle ne pouvait pas s’occuper de moi. Dieu merci, ma grand-mère était là, Dieu merci, ma tante était là
, a-t-elle raconté.
Je tiens à dire que nous ne sommes pas des menteurs. Les survivants des pensionnats ne sont pas des menteurs. Faites preuve de respect et accordez-nous l’espace et le temps nécessaires pour faire ce que nous devons faire en tant qu’individus, en tant que famille, en tant que communauté, en tant que nation.
Les chandails orange proposés sur le site web de Rebel News sont disponibles pour jeunes et pour adultes. C’est un tout autre niveau pour chaque mot du dictionnaire : dégoûtant, incroyable, écœurant. Mais à quoi pensent-ils?
a commenté Mme Webstad à propos des tailles pour jeunes.

Mandy Gull-Masty, ministre des Services aux Autochtones (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld
Des députés et des ministres outrés
La semaine dernière, le caucus libéral des Autochtones a publié une déclaration affirmant que les produits qui se moquent des expériences des survivants et rejettent leurs vérités sont répréhensibles et indignes de toute organisation
.
Une demande de commentaires adressée au député conservateur Billy Morin, porte-parole de son parti en matière de services aux Autochtones, était restée sans réponse au moment de la publication de cet article.
M. Morin a affirmé à APTN News la semaine dernière : Je trouve cela raciste et absolument répugnant qu’ils tentent de tirer profit de la douleur et de la souffrance liées aux pensionnats pour Autochtones.
La ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty, qui est membre de la Nation crie de Waswanipi, dans le Nord-du-Québec, a indiqué que des gens de partout au pays lui avaient fait part de leurs préoccupations au sujet de ces chandails.
Pas seulement des gens de ma circonscription, mais aussi des Canadiens qui sont consternés par cette tentative vraiment honteuse et grotesque d’exploiter la souffrance humaine à des fins lucratives
, a-t-elle précisé.
La mère et la grand-mère de Mme Gull-Masty ont toutes deux été forcées de fréquenter le pensionnat pour Autochtones de La Tuque, au Québec.
La ministre a dit avoir fait part de ses préoccupations à son collègue responsable de la Justice, Sean Fraser, sans toutefois préciser les mesures que le gouvernement compte prendre. Elle a ajouté qu’elle avait le sentiment que M. Fraser comprenait la gravité de la situation.
Je pense que c’est l’un des domaines où l’on observe un comportement qui non seulement se généralise, mais qui atteint également un niveau inacceptable
, a observé Mme Gull-Masty.
Dans une déclaration à CBC Indigenous, un porte-parole du ministre de la Justice a écrit que chercher à tirer profit du négationnisme concernant les pensionnats pour Autochtones est profondément honteux et constitue une tentative cruelle et grotesque d’exploiter la souffrance humaine
.
À lire aussi :
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- Les Premières Nations dénoncent le négationnisme des pensionnats pour Autochtones
- Quand le négationnisme étouffe la voix des survivants
- Chronique | Affronter le déni : la vérité sur les pensionnats pour Autochtones
Faire face au négationnisme
Le négationnisme concernant les pensionnats pour Autochtones est un enjeu grave et distinct, et notre gouvernement a indiqué que cette question méritait une étude parlementaire approfondie et spécifique
, précise la déclaration.
Toute réponse juridique devrait être élaborée avec soin, en consultation et en collaboration avec les peuples autochtones et les communautés les plus touchées.
Plus tôt cette année, le Sénat a rejeté un amendement au projet de loi C-9 qui aurait criminalisé le négationnisme des pensionnats pour Autochtones en rendant illégal le fait de promouvoir délibérément la haine envers les peuples autochtones en tolérant, en niant ou en minimisant le système des pensionnats pour Autochtones
.
Je crois que ce que fait Rebel News en ce moment est exactement ce qu’il faut pour convaincre le gouvernement canadien que, oui, une loi doit être adoptée
, a constaté Mme Webstad.
La députée néo-démocrate Leah Gazan a déposé un projet de loi d’initiative parlementaire à la Chambre des communes l’automne dernier visant à criminaliser le négationnisme concernant les pensionnats pour Autochtones.
Dans une lettre adressée mardi au caucus libéral autochtone, Mme Gazan a déclaré que le racisme anti-autochtone et le négationnisme prennent de l’ampleur et ont désormais conduit à la production d’articles niant le génocide et se moquant de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Nous devons réagir à cela pour ce que c’est : l’incitation à la haine, sa monétisation et sa promotion.
Mme Gazan a demandé au caucus libéral autochtone de présenter son projet de loi à titre de projet de loi du gouvernement.

Sean Carleton, professeur d'histoire et d'études autochtones à l'Université du Manitoba (Photo d'archives)
Photo : Site web : www.seancarleton.com
Des chandails conçus pour susciter des conflits dans les écoles?
Sean Carleton, professeur agrégé d’histoire et d’études autochtones à l’Université du Manitoba, a estimé que ces chandails monétisaient le racisme anti-autochtone et tiraient délibérément profit de la douleur et de la souffrance.
Des milliers d’enfants autochtones sont morts, nous le savons
, rappelle-t-il.
Ce que [Rebel News] tente de faire, c’est de semer le doute, d’ébranler la confiance du public et de convaincre les Canadiens que nous ne devrions peut-être plus nous soucier des peuples autochtones ni de la réconciliation.
M. Carleton a expliqué que la façon la plus simple de comprendre le négationnisme est de se pencher sur la formule simple de la Commission de vérité et de réconciliation.
Il faut d’abord la vérité, a-t-il précisé. La vérité mènera à la guérison et à la justice. La guérison et la justice mèneront à la réconciliation. Les négationnistes le savent, et ce qu’ils tentent de faire, c’est de nous maintenir bloqués à l’étape de la vérité.
Sean Carleton estime que l’inclusion de tailles pour jeunes est une tactique visant à provoquer des conflits au sein des écoles, où les parents pourraient être influencés par la rhétorique négationniste et utiliser leurs enfants pour contester les politiques scolaires.
Il a ajouté que les slogans figurant sur les chandails non seulement défendent le statu quo colonial, mais présentent également la colonisation comme un projet de compassion, et qu’ils remettent en question les expériences vécues par les survivants.
Une ligne nationale d'écoute téléphonique sur les pensionnats pour Autochtones est disponible 24 heures sur 24, au 1 866 925-4419, pour les survivants et les personnes touchées, afin de leur fournir des services d'aide émotionnelle et d'orientation en cas de crise.
Des conseils en matière de santé mentale et un soutien en cas de crise sont également offerts 24 heures sur 24, sept jours sur sept, par l'intermédiaire de la Ligne d’écoute d’espoir pour le mieux-être, au numéro 1 855 242-3310, ou par clavardage en ligne (nouvelle fenêtre).
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