Fréchette entre l’arbre et l’écorce
Portée par un élan favorable depuis le début de la campagne, la première ministre sortante a connu une journée plus difficile jeudi, en peinant à se positionner sur le référendum et le TGV d’Alto, qui risque de lui aliéner le monde agricole.
L’inconfort se manifestait déjà mercredi dans les locaux de l’Union des producteurs agricoles (UPA) lors d’échanges sur le train à grande vitesse. Incapable de se positionner face au plus grand projet d’infrastructure actuellement sur la table au Canada, Mme Fréchette a cherché à se montrer sensible aux craintes du monde agricole, qui n’hésite pas à dénoncer une « catastrophe » à venir pour l’agriculture québécoise. La colère qui gronde dans les champs doit d’ailleurs s’exprimer lors d’une grande manifestation, le 19 septembre à Rigaud, en Montérégie.
Dans une longue réponse où elle appelait Alto et Ottawa à bien communiquer, la cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) a expliqué que le tracé « doit être élaboré en tenant compte des sensibilités et des impacts que ça aurait sur le milieu agricole ». Il devait aussi, selon elle, « rassurer quant aux droits de passage » nécessaires pour éviter d’enclaver les exploitations agricoles.
Relancée à ce sujet jeudi, la cheffe de la CAQ a à nouveau évité de choisir son camp. « Il va falloir qu’on me montre que les retombées de ce projet sont d’une bonne ampleur, puis également que le tracé qui a été adopté a été convenu avec les différents acteurs qui sont touchés par ce projet-là. »
Une position «sans importance» sur la souveraineté
Christine Fréchette a adopté jeudi une posture similaire dans un dossier fort différent : la souveraineté. « Ma position personnelle n’a pas d’importance », a-t-elle lancé devant un barrage de questions des journalistes. « Moi, je suis dans la position où ce n’est pas le moment de démarrer ça. »
La première ministre sortante a fait référence à son expérience à titre de directrice adjointe du cabinet de Jean-François Lisée pour soutenir que l’atteinte de la souveraineté prenait toute la place dans un gouvernement et qu’elle voulait « concentrer ses énergies ailleurs. »
« J’ai déjà été dans un cabinet souverainiste où l’essentiel des décisions était analysé sous l’angle : “Est-ce que ça va aider ou non le référendum ?” En ce moment, ce n’est pas la grille d’analyse qui devrait nous guider dans les décisions ».
Ces commentaires ont fait bondir des ténors souverainistes — dont M. Lisée. « C’est complètement faux, a-t-il écrit sur la plateforme X. Nous étions, elle et moi, des indépendantistes […] mais, pour l’essentiel, nous faisions avancer nos dossiers dans l’intérêt du Québec d’abord. »
Les libéraux ont aussi fait leurs choux gras des propos de Mme Fréchette. « Ça n’a pas de bon sens, a critiqué leur chef, Charles Milliard. On veut diriger le Québec : est-ce qu’on peut se prononcer sur l’avenir du Québec ? Moi, je trouve ça honteux. »
Le leader du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a également critiqué le silence de son adversaire caquiste. « Moi, je ne cache pas que je suis indépendantiste, et je ne cache pas le nom de mon parti sur mes pancartes. »
Signe que la posture de leur cheffe commençait à engluer le parti dans la polémique, la CAQ a diffusé, en milieu de journée, une mise au point de Christine Fréchette sur la souveraineté. « Je ne veux pas renier le passé… j’ai cheminé. Le Québec est une nation unique pour qui c’est légitime de se poser ces questions-là [mais] ce que je constate, c’est que 70 % des Québécois n’en veulent pas, de démarche référendaire. »
Défilé de politiciens à l’UPA
Après Mme Fréchette mercredi, l’UPA a accueilli les chefs des quatre autres principaux partis jeudi. À défaut de leur offrir les aides financières qu’ils réclament et en dépit de son appui à l’industrie du gaz de schiste, Éric Duhaime a été relativement bien accueilli en raison de son opposition au TGV.
Le PQ a répété son opposition à l’égard d’un train coûteux « pour aller plus vite à Toronto » pendant que « nos écoles, nos hôpitaux tombent en ruine. » Un train à grande fréquence trouve davantage grâce à ses yeux, puisqu’il serait « moins dommageable pour les terres agricoles. »
Le chef libéral se dit convaincu qu’un train à grande vitesse constitue un « outil de développement économique important » pour le Québec, mais demande à la société Alto d’« aiguiser ses crayons » et de partager plus de données pour calmer la grogne et « embarquer le milieu agricole dans la danse ».
Les solidaires, enfin, ont demandé un TGV réalisé de « façon intelligente ».
« Il y a des inquiétudes tout à fait légitimes pour nos terres agricoles, a indiqué jeudi la co-porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal. Il y a moyen de nous assurer de protéger nos terres agricoles le plus possible et de rattraper notre retard, puis d’avoir du transport en commun comme ça se fait ailleurs. »
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