Ce silence assourdissant de Cris Derksen
L’événement musical au Musée des beaux-arts de Montréal dans le cadre de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, mercredi, devait mettre en valeur une nouvelle création de la violoncelliste et compositrice crie Cris Derksen. La mort accidentelle de la musicienne, le 16 mai dernier, en a décidé autrement. Les concerts seront dédiés à sa mémoire.
Le programme de la salle Bourgie était déjà imprimé avec les photographies de la soprano innue Elisabeth St-Gelais et de la compositrice crie Cris Derksen, lorsque la nouvelle de la mort accidentelle de cette dernière, le 16 mai, à l’âge de 45 ans, au retour de l’enterrement de son père, a glacé d’effroi la communauté musicale.
Directeur artistique de la salle Bourgie, Olivier Godin avait choisi Cris Derksen pour un projet particulier autour de la date du 30 septembre. « C’est une collaboration de la salle Bourgie avec le Festival international de la littérature et Michelle Corbeil, sa directrice, avec qui je travaille régulièrement. C’est un projet que nous avons élaboré en 2023 et que nous voulions répéter cette année en collaboration avec le musée, puisque le concert a lieu dans le musée », nous explique Olivier Godin.
L’idée, à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, est de demander à un ou une artiste autochtone littéraire de s’intéresser à une œuvre du musée et d’écrire un poème inspiré de l’œuvre choisie. « Ensuite, on demande à un compositeur ou une compositrice des Premières Nations de mettre ça en musique. Cette année, ce devait être Cris Derksen qui mettait en musique un texte de Natasha Kanapé Fontaine », nous dit Olivier Godin.
Retour aux origines
Au moment de la mort de la compositrice, le texte était écrit, mais nul ne connaissait l’état d’avancement de la partition. « Plutôt que de changer de compositrice, nous avons décidé de laisser ce projet-là en plan et de reprendre l’œuvre de 2023, qui n’avait été donnée qu’une seule fois. » Il s’agit, en la matière, d’un poème de Maya Cousineau Mollen, poète innue qui s’est inspirée d’une sculpture de George Segal, Femme assise sur un lit, située dans le Pavillon pour la Paix — dans la section d’art contemporain. « C’est une œuvre très sombre, toute noire, représentant une femme assise sur un lit devant un store noir. Maya a écrit le poème intitulé Rien ne tuera ma lumière, une commande du Festival international de la littérature, et la salle Bourgie en a confié la mise en musique à Barbara Assiginaak. Ça a été composé pour la voix d’Elisabeth St-Gelais, qui chantera l’œuvre directement devant la sculpture dans le Pavillon pour la Paix à trois reprises lors de la Journée de la vérité et de la réconciliation », précise Olivier Godin.
Ces rendez-vous, à 11 h, à 15 h et à 18 h mercredi, sont moins des concerts que des instants de rassemblement. « C’est un moment de réflexion. La manière dont Barbara a mis le texte en musique permet de très bien le comprendre ; on peut vraiment méditer là-dessus. C’est bref, mais c’est un rassemblement où l’on se retrouve avec les gens des Premières Nations pour penser au passé et à l’avenir », résume le directeur artistique de la salle Bourgie. « Lors du premier concert, il y aura évidemment un hommage à Cris Derksen, d’autant que le poème de Maya Cousineau Mollen fait référence à la mort et à la disparition. Barbara Assiginaak sera d’ailleurs là ; elle vient d’Ontario pour l’occasion ; tout s’est effondré quand Cris est décédée, et ça nous a tous bouleversés. »
L’accès au musée sera gratuit à ce moment-là, hors expositions temporaires. Le rendez-vous de 11 h sera ponctué de discours. Ceux de 15 h et de 18 h se résument à la prestation d’Elisabeth St-Gelais avec une petite mise en scène dans une œuvre d’une dizaine de minutes. « C’est très profond, très beau, et ça porte à réfléchir. En 2023, il y avait au moins une centaine de personnes à chaque représentation, avec beaucoup de membres des communautés autochtones », souligne Olivier Godin.
Elisabeth St-Gelais, la soliste, sera de retour à la salle Bourgie le 6 octobre, pour Le récital des anges, de Ian Cusson, compositeur célébré lors de la saison 2026-2027 de la salle.
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