États-Unis : Trump écarte son ambassadrice en Grèce, Kimberly Guilfoyle, sur fond de soupçons de conflits d’intérêts

"Nous avons demandé à l’ambassadrice Guilfoyle de démissionner", a annoncé mardi Katie Zacharia, la toute nouvelle porte-parole de la Maison Blanche, lors d’un point presse. "Elle a été un formidable atout pour l’équipe et nous lui souhaitons bonne chance", a-t-elle ajouté, sans détailler les raisons de cette décision.
"Ce que j’ai lu ne m’a pas plu", avait laconiquement déclaré Trump, expliquant sans donner de raisons particulières au limogeage de Kimberley Guilfoyle. Selon CNN, un responsable de la Maison Blanche a ensuite confirmé avoir reçu sa démission officielle.
Ancienne procureure et présentatrice de Fox News, elle quitte la chaîne de télévision à la suite d’une enquête interne portant sur des allégations de harcèlement sexuel et de comportement inapproprié envers son ancienne assistante. Elle s’est ensuite engagée en politique, occupant le poste de conseillère principale de Trump et de responsable du financement de sa campagne de 2020.
Kimberley Guilfoyle, appartient donc depuis plusieurs années au cercle politique et familial de Donald Trump. Elle a été fiancée pendant quatre ans à Donald Trump Jr., le fils aîné du président américain Jusqu’en 2024.
L'arrivée de Kimberly Guilfoyle en novembre 2025 à Athènes
Mardi, Donald Trump a feint donc devant la presse, de ne pas "vraiment la connaître" et déclaré aux journalistes qu’elle "n’était pas membre de sa famille", affirmant qu’elle avait simplement "fréquenté son fils il y a longtemps" et il a ajouté qu’il ne "lui avait pas parlé personnellement".
Pourtant elle fut nommée ambassadrice des États-Unis en Grèce par Trump juste après sa rupture avec le fils de Donald Trump, celle-ci avait été annoncée par le président en décembre 2024. Le Sénat américain avait par la suite ratifié sa nomination en septembre 2025 et elle est arrivée à Athènes en novembre de la même année. Soit il y a moins d’un an à peine.
Ce départ inopiné intervient après une série de révélations sur de possibles échanges de faveurs et sur les relations entretenues, avant et pendant sa mission diplomatique, avec des donateurs et des entreprises.
Dans son long message publié mardi sur X, l’ambassadrice défend son bilan et conteste toute faute. "Ces accusations sont fausses, et j’ai l’intention de défendre vigoureusement mon nom, ma réputation et mon intégrité", écrit-elle. Elle assure également qu’elle ne laissera pas "de fausses accusations définir ses décennies de service public".
Un long tweet pour contester ses accusations
Des demandes d’argent et des cadeaux au cœur des accusations
Les révélations de la presse américaine concernent notamment ses échanges avec un certain Eric Deters, un ancien avocat et donateur de Donald Trump. Selon les informations rapportées initialement par le Wall Street Journal, Kimberly Guilfoyle lui aurait demandé de verser 100.000 dollars pour régler une dette liée à sa carte American Express, quelques jours avant son audition de confirmation au Sénat, en juillet 2025.
Elle lui aurait proposé, en contrepartie, un accès à de hauts responsables de l’administration Trump. Eric Deters a également transmis à ABC News des messages qu’il présente comme leurs échanges.
D’autres articles portent sur des voyages en avion privé et des séjours luxueux qui auraient été financés par des hommes d’affaires, ainsi que sur la promotion des intérêts d’une entreprise grecque de construction. Le média CNN rapporte notamment que l’ambassadrice aurait fait participer un lobbyiste de cette société à des réunions officielles.
L’inspection générale du département d’État enquête sur les faits présumés, selon des responsables cités par les médias américains. Ces éléments restent, rappelons le, à ce stade, des allégations qui sont contestées par Kimberly Guilfoyle, et ne constituent pas encore des conclusions judiciaires.
Kimberley Guilfoyle assiste au gala amfAR Cannes 2025 présenté par Chopard à l’Hôtel du Cap-Eden-Roc le 22 mai 2025 au Cap d’Antibes, en France. © Getty
Une loyauté réaffirmée envers Donald Trump
Dans sa déclaration sur le réseau social X, Kimberly Guilfoyle remercie pourtant Donald Trump et le secrétaire d’État Marco Rubio pour lui avoir confié la représentation des États-Unis en Grèce.
Elle décrit cette fonction comme "l’honneur d’une vie". Elle met notamment en avant les accords destinés à développer les exportations américaines de gaz naturel liquéfié vers l’Europe et les progrès du "corridor vertical", un réseau permettant d’acheminer du gaz américain vers plusieurs pays européens.
Elle affirme également avoir renforcé les relations de défense avec la Grèce et ouvert des perspectives aux entreprises américaines. Il s’agit du bilan qu’elle revendique dans son message de départ.
Son texte ne marque aucune rupture avec le président américain. "Même si mon mandat d’ambassadrice touche peut-être à sa fin, mon engagement envers le président Trump, le mouvement America First et le pays que j’aime ne prendra jamais fin", écrit-elle encore.
En Grèce, le renvoi de Kimberly Guilfoyle suscite des demandes d’explications de l’opposition sur ses liens présumés avec des intérêts économiques, notamment dans l’énergie, et sur de possibles menaces d’ingérence dans la vie politique du pays.
Le Pasok, principal parti d’opposition, interroge le gouvernement sur sa réaction à ces révélations et réclame davantage de transparence sur les accords conclus avec Washington, tandis que Syriza, parti de gauche radicale dénonce, lui, le silence du Premier ministre Kyriakos Mitsotakis. Le gouvernement estime, pour sa part, que le départ de l’ambassadrice relève d’"une affaire des États-Unis" et n’affecte pas les relations bilatérales.
Le scandale fait également la une de nombreux médias grecs, qui reviennent sur les voyages fastueux de l’ambassadrice avec des entrepreneurs locaux.
Le scandale fait également la une de nombreux médias grecs. © Capture d’écran
Des ambassades régulièrement confiées à des proches du pouvoir
Le cas de Kimberly Guilfoyle s’inscrit dans une pratique ancienne de la diplomatie américaine : confier une partie des postes d’ambassadeur à des personnalités extérieures au service diplomatique, notamment des alliés politiques et des contributeurs aux campagnes électorales.
Cette tradition, partagée par les présidents démocrates et républicains, est courante depuis la première moitié du XXe siècle. Deux voies coexistent ainsi au sein du corps diplomatique.
Les diplomates de carrière occupent généralement les postes considérés comme les plus techniques, tandis que certaines ambassades, notamment en Europe, reviennent régulièrement à des personnalités choisies pour leur proximité politique avec le président.
Cette distinction relève d’une pratique : elle ne signifie pas que les ambassades confiées à des proches du pouvoir n’exigent pas de compétences diplomatiques.
Les contributions aux campagnes politiques ne devraient pas être un facteur dans la nomination d’une personne comme chef de mission
La loi américaine prévoit pourtant un garde-fou à ces nominations politiques au sein de la diplomatie. Le Foreign Service Act de 1980 dispose que "les contributions aux campagnes politiques ne devraient pas être un facteur dans la nomination d’une personne comme chef de mission". Le texte impose également aux personnes proposées pour ces fonctions de déclarer les contributions électorales qu’elles-mêmes et leur famille proche ont effectuées. Il ne prohibe donc pas toute nomination politique, mais écarte explicitement les dons de campagne comme critère de choix.
Selon les chiffres repris par le média Le Grand Continent en 2025, les nominations politiques représentaient 32% sous George W. Bush, environ 30% durant les deux mandats de Barack Obama, 41% sous Joe Biden et 43% pendant le premier mandat de Donald Trump.
Le 23 mai 2025, le média indépendant relevait que les 52 premiers choix d’ambassadeurs du second mandat de Trump étaient tous politiques. Ce décompte est une photographie des premiers mois de son retour au pouvoir, et indiquait bien que Trump voulait des serviteurs alignés sur ces choix politiques personnels pour ce deuxième mandat.
En Belgique, Donald Trump a également choisi un proche du camp républicain pour représenter les États-Unis : Bill White, homme d’affaires et collecteur de fonds pour sa campagne, devenu ambassadeur à Bruxelles en novembre 2025 sans être issu du corps diplomatique.
Une diplomatie recentrée sur "l’Amérique d’abord"
Cette préférence pour des représentants proches de sa ligne politique s’est accompagnée d’un rappel de diplomates de carrière. En décembre 2025, l’Associated Press rapportait que les chefs de mission dans au moins 29 pays avaient été informés que leur affectation prendrait fin en janvier suivant. L’Afrique était particulièrement concernée.
Le département d’État américain présentait alors ces changements comme une "procédure standard dans toute administration". Il soulignait qu’un ambassadeur représente personnellement le président et que celui-ci peut vouloir s’assurer que ses représentants défendent la politique de "l’Amérique d’abord".
Mais le pouvoir américain voulait rassurer le monde en signalant que les diplomates concernés ne perdaient pas leur statut au sein du service diplomatique et pouvaient recevoir d’autres affectations.
Le départ de Kimberly Guilfoyle ne concerne donc pas une diplomate de carrière remplacée au nom d’une nouvelle orientation politique, mais une personnalité du camp présidentiel écartée après des révélations sur sa conduite. Et cela est très gênant pour l’administration et le clan Trump.
L’annonce du départ de l’ambassadrice américaine en Grèce intervient exactement trois semaines avant les élections de mi-mandat, prévues le 3 novembre © Capture d'écran
L’annonce du départ de l’ambassadrice américaine en Grèce intervient exactement trois semaines avant les élections de mi-mandat, prévues le 3 novembre. Ce scrutin doit notamment déterminer le contrôle du Congrès et se déroule dans un climat défavorable au président Trump.
Une enquête du Pew Research Center, menée du 28 septembre au 4 octobre, mesure son taux d’approbation à 34%, son niveau le plus bas depuis le début de son second mandat. Parmi les électeurs inscrits, 44% considèrent leur vote pour le Congrès comme un vote contre Donald Trump, contre 19% qui y voient un vote en sa faveur.
Les accusations de corruption occupent également une place de plus en plus importante dans cette campagne des Midterms. Selon l’Associated Press, les démocrates en campagne n’hésitent plus à mettre en cause les liens entre les responsables républicains, leurs donateurs et les intérêts économiques de la famille Trump. Un sondage AP-NORC réalisé en septembre indiquait que les électeurs inscrits étaient plus nombreux à qualifier les républicains de corrompus que les démocrates.
En demandant le départ de l’ambassadrice, la Maison Blanche tente de prendre ses distances avec une affaire susceptible d’alimenter les critiques. Cette décision peut lui permettre de montrer qu’elle sanctionne aussi une personnalité proche du président, prouvant ainsi que son clan n'est pas intouchable.
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