Affaire Thélyson Orélien : peut-on encore faire confiance à l'auteur d'un livre ?

Selon cet essayiste, la controverse suscitée par l’ouvrage de Thélyson Orélien tient davantage à la remise en question du contrat tacite liant l’auteur à son lecteur. Celui-ci repose sur deux principes : l’efficacité et l’incarnation. Le premier consiste à toucher le lecteur, quelle que soit l’origine du texte. Le second, plus récent, date de la période romantique. Il renvoie au besoin de sentir, derrière le livre, la présence d’un auteur doté d’un vécu et d’une subjectivité propres. "L’un des chocs qu’on est en train de vivre, c’est l’abandon du romantisme. Cette technologie va nous conduire à passer à autre chose qu’à cette révolution ou nouveauté dans l’histoire de la littérature qu’a été le romantisme, et donc ce lien d’humain à humain", analyse ainsi Antoine Buéno.
Pour Thomas Reverdy, ce contrat émotionnel ne doit pas être abandonné : "Une phrase, ça n’est pas qu’un agencement de mots. C’est prononcé par quelqu’un, ça s’adresse à quelqu’un d’autre, et ça n’a de sens que dans cette communication-là. Sinon, ça n’a pas de sens". Cette dimension est particulièrement importante dans le cas d’un ouvrage rendant compte d’une expérience humaine. Son écriture doit donc s’appuyer sur le vécu de l’auteur, plaide ce professeur agrégé de lettres et auteur de Écrire la ville - Anthologie littéraire.
Une perspective comprise par Antoine Buéno, mais qui lui semble impossible à maintenir face à la généralisation de l’usage de l’intelligence artificielle : "Je comprends que ce soit un choix de lecteur, un choix affectif et quelque chose d’important. Le problème, c’est que c’est mort. Demain, nous n’aurons plus le choix, parce que nous ne pourrons plus savoir si un texte a été, et dans quelle proportion, généré par une IA".
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.