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Thursday, September 10, 2026

Appel à légiférer pour «obliger» Québec à financer la lutte contre l’itinérance

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Face à un constat que le système actuel d’organismes qui tentent d’aider les personnes en situation d’itinérance est « insuffisant » pour réellement combattre la crise de l’itinérance qui touche le Québec, le président du conseil d’administration de la Mission Old Brewery, Louis Audet, appelle à l’adoption d’une loi qui « oblige les villes ou d’autres entités à loger et soigner les sans-abri et qui oblige Québec à fournir l’argent ».

Celui qui est également président du conseil d’administration de Cogeco a lancé sa demande aux partis actuellement en campagne électorale lors d’un discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain jeudi. « Il faut que Québec, à un moment donné, se dise : “OK, il faut que je prenne ça au sérieux, ça va prendre cet argent-là pour y arriver” », soutient-il en entrevue au Devoir en amont de son discours.

Au cœur de ce « nouveau contrat social », M. Audet propose une approche où la construction de logements est la première étape. « Il faut loger le monde. Puis, une fois qu’ils sont logés, il faut les accompagner », explique-t-il en s’appuyant sur les recommandations formulées par le Collectif québécois pour la prévention de l’itinérance dans son rapport Une réforme juridique structurante et pragmatique pour prévenir l’itinérance au Québec publié plus tôt cette année.

1,2 milliard pour Montréal

Or, ce document ne comprend pas de plan chiffré concret, ce à quoi Louis Audet a tenté de remédier. En prenant le cas montréalais, où l’on recense environ 5000 personnes itinérantes (sans compter ceux en situation d’itinérance invisible), et en se basant sur les chiffres du projet d’habitations sur la rue Young de la Mission Old Brewery, il coûterait environ 1,2 milliard de dollars sur 10 ans pour reloger ces personnes, illustre-t-il.

Cette facture comprend des coûts de construction de 200 millions de dollars par an, pour une durée de cinq ans, ainsi que 200 millions de dollars de frais d’accompagnements et de fonctionnement répartis sur neuf ans. Les montants nécessaires et l’échéancier estimé sont d’ailleurs sujets à changement en fonction de l’évolution de la situation, précise Louis Audet.

L’homme d’affaires ne veut pas s’avancer fermement sur la facture à l’échelle de la province, mais dit estimer le coût total à 2,4 milliards de dollars comme l’on compte 7000 personnes en situation d’itinérance visible hors de Montréal et construire en dehors de la métropole coûte généralement moins cher.

« Je n’ai pas fait de longues études, puis je n’ai pas appliqué la science, par contre, ça fait un bout de temps que je travaille pour la Mission, puis que je constate avec les gestionnaires que, bien, on n’y arrive pas », lance le président du conseil d’administration de la mission Old Brewery en mentionnant que, selon lui, le constat est semblable pour d’autres organismes œuvrant dans le secteur.

Si Québec adopte une loi l’obligeant à financer la lutte contre l’itinérance, les organismes d’aide pourront se concentrer, justement, sur l’aide, poursuit M. Audet.

« Chaque projet d’édifice [pour loger des personnes en situation d’itinérance], c’est un chemin de croix : il faut trouver une place, trouver du financement auprès de Québec et d’Ottawa, aller chercher une hypothèque, etc., déplore-t-il. On est devenu des constructeurs et des organisateurs de structures financières. Ce n’est pas notre job, mais on le fait parce qu’on n’a pas d’autres choix. »

Appel aux partis en campagne

Il espère donc que les cinq partis politiques qui tenteront de remporter des sièges à l’Assemblée nationale en octobre s’engageront à adopter un tel projet de loi, de la même manière qu’ils se sont tous engagés à tenir un sommet non partisan sur l’itinérance suite à l’appel d’un groupe mené par l’ancienne première ministre, Pauline Marois.

Aux yeux de Louis Audet, ce sommet ne devrait pas aider à déterminer le « quoi » comme il estime que sa proposition répond d’emblée à la question, mais bien à « définir le “qui”, le “comment” et le “quand” ».

Est-ce que trouver l’argent nécessaire à l’exécution du plan évoqué par M. Audet dans le contexte actuel de déficit est réaliste ? « Un gouvernement, il faut que ça fasse des choix. Moi, ma thèse, c’est qu’ignorer l’itinérance, ce n’est pas faire un choix, répond ce dernier en évoquant que les solutions « band-aid » actuelles ne suffisent pas. « Il faut rentrer l’itinérance dans l’ensemble des programmes gouvernementaux : je ne peux pas leur dire où faire les sacrifices ou bien où ne pas les faire, mais je peux leur dire qu’ignorer la chose n’est pas la solution. »

C’est en raison de ces inévitables sacrifices, qu’il reconnaît nécessaires, que Louis Audet évoque qu’un « nouveau contrat social » devra être mis en place. Et, de ses propres dires, obtenir l’accessibilité sociale de couper des services pour financer la lutte contre l’itinérance sera « difficile ». « Mon indicateur, c’est le “not in my backyard” [pas dans ma cour] : on voit qu’on a des projets qu’on veut construire, puis là, il y a du monde qui dise “oh non, vous ne viendrez pas ici”. »

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