Caméras et lecteurs de plaques | Le SPVM muscle son réseau de surveillance

La police va doubler le nombre de ses caméras de surveillance à Montréal et installer des dizaines de lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation, malgré les controverses soulevées par cette technologie aux États-Unis.
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La Ville vient de lancer un appel d’offres pour acheter 66 caméras traditionnelles et 30 caméras destinées à la détection et à l’enregistrement des plaques de véhicules, a pu confirmer La Presse.
Le projet vise « à renforcer la sécurité publique, à accroître le sentiment de sécurité des citoyennes et citoyens, à contribuer à renforcer la confiance de la population envers les interventions policières et à soutenir la lutte à la criminalité », indique la Ville dans ses documents d’appel d’offres. Ceux-ci ne révèlent pas les lieux prévus pour l’installation de ces appareils.
Les caméras pourront notamment servir aux enquêtes, par le visionnement des images a posteriori, mais aussi à « l’appui en temps réel aux équipes sur le terrain ».
Des controverses chez nos voisins du Sud
La multiplication des caméras de lecture de plaques aux États-Unis a soulevé la controverse, l’été dernier. En enregistrant chaque passage de véhicule, ces caméras – notamment celles de l’entreprise Flock, au cœur du scandale – peuvent permettre de retracer les déplacements de millions de personnes en quelques secondes. Le Washington Post a révélé que des dizaines de policiers les auraient utilisées illégalement, notamment pour traquer des conjointes ou d’ex-conjointes.
Au total, Montréal compte actuellement 46 « caméras de sécurité urbaine » fixes, toutes exploitées par la police, surtout au centre-ville. Ce chiffre est en progression rapide : on en comptait seulement 24 en 2021.
Radio-Canada a révélé que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) s’était aussi procuré quatre caméras mobiles de lecture de plaques, pour une durée limitée. L’une d’elles aurait été déployée à la mi-août à Rivière-des-Prairies dans le cadre d’une enquête précise.
Le SPVM n’a pas voulu commenter le dossier, parce que l’appel d’offres diffusé relève du Service des approvisionnements de la Ville. Cette dernière n’avait pas répondu à nos questions au moment de publier ce texte. L’élu responsable de la sécurité publique au sein de l’administration Martinez Ferrada, Jim Beis, a refusé la demande d’entrevue de La Presse.
Un débat nécessaire
Pour Catherine Dupont-Gagnon, fondatrice de l’organisme d’éducation Cyber Citoyen et chargée de cours à Polytechnique Montréal, il aurait fallu débattre de l’enjeu de la surveillance publique avant de procéder à un tel appel d’offres.
« Ça mérite définitivement qu’on en discute en tant que société : est-ce qu’on est confortables avec le fait que nos plaques d’immatriculation soient collectées de façon systématique dans le but d’éventuellement faire des enquêtes ? », a-t-elle souligné, en se disant « surprise » qu’une telle décision ait été prise en catimini.
Il y a de gros enjeux de vie privée. On devrait en discuter collectivement.
L’appel d’offres exige que les caméras qui seront fournies au SPVM soient « nativement compatible[s] et nativement supportée[s] par Genetec Security Center », un logiciel de gestion de l’information en matière de sécurité. Cette plateforme peut utiliser l’intelligence artificielle dans l’analyse des données, selon le site de l’entreprise. Une simple recherche comme « homme portant du noir dans un stationnement de Montréal » permet de déterrer plusieurs séquences de caméras de surveillance grâce à l’analyse des images par l’intelligence artificielle, illustre une vidéo mise en ligne par Genetec.
L’opposition officielle à l’hôtel de ville n’a pas voulu commenter le dossier.
17 000 $ pour quatre caméras
La caméra lectrice de plaques d’immatriculation détectée par Radio-Canada l’été dernier à Rivière-des-Prairies correspondrait au modèle Cloudrunner CR-H2, mis en marché par Genetec. Montréal avait d’ailleurs signé l’an dernier un contrat de 17 000 $ pour la « fourniture et [la] souscription pendant un an de quatre unités Cloudrunner ».
Le SPVM parlait quant à lui d’un « contrat de location » et rappelle que « l’accès aux images captées est réservé exclusivement » aux enquêteurs. « Des caméras pourraient être ajoutées en fonction des besoins identifiés dans le cadre d’enquêtes », a précisé le service de police.
IMAGE TIRÉE DU SITE DE GENETEC
Le logiciel de Genetec permet d’isoler chaque véhicule aperçu sur la route.
Aux États-Unis, les caméras Flock permettent de mettre en commun les données récoltées par les dizaines de milliers de caméras installées partout au pays, de sorte que les utilisateurs ont accès aux images captées par les autres utilisateurs qui acceptent de les partager. La plateforme de Genetec n’offre pas cette option.
En campagne électorale, à l’été 2025, Soraya Martinez Ferrada avait promis de « déployer des caméras dans les espaces publics, en collaboration avec le SPVM afin de déterminer les emplacements appropriés ». Elle voulait aussi créer un registre volontaire des caméras de surveillance privées afin de faciliter le travail des enquêteurs qui voudraient exploiter les images captées par celles-ci.
« Il est temps qu’une administration municipale ramène un sentiment de sécurité dans notre métropole, avait fait valoir la future mairesse. C’est en travaillant tous ensemble que nous pourrons y arriver. La responsabilité est l’affaire de tous. »
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