Une « pétition pour légaliser le viol » dans une école secondaire

Une « pétition pour légaliser le viol » a été interceptée lorsqu’un élève a voulu la passer à un camarade de classe, dans une école secondaire du centre de services scolaire de Saint-Hyacinthe (CSSSH). Ce qui se voulait « une mauvaise blague de mauvais goût », selon ce qu’en a conclu le CSSSH, alerte au plus haut point des organismes qui détectent une montée du masculinisme.
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L’existence d’une pétition avait été évoquée il y a environ deux semaines, dans une lettre ouverte cosignée par le directeur général de l’organisme Ensemble pour le respect de la diversité, Rafaël Provost, et la professeure de communication stratégique pour le changement social à l’Université de Sherbrooke Léa Clermont-Dion1.
Le lendemain, au cours d’une entrevue accordée à l’émission radiophonique Que l’Estrie se lève, Rafaël Provost avait affirmé que la situation s’était produite « dans les dernières semaines dans la grande région, disons-le, de l’Estrie et la Montérégie ».
Nous avons sollicité l’ensemble des centres de services scolaires de ces régions au cours des derniers jours. Parmi eux, le CSSSH est le seul qui a recensé un incident du genre, à l’issue d’une tournée de ses directions d’établissements secondaires. L’évènement dont on l’a informé est survenu au printemps dernier, soit le 27 mars 2026.
« Un enseignant a constaté qu’un élève présentait à un autre élève un bout de papier portant la mention “Pétition pour légaliser le viol”. L’enseignant a immédiatement retiré le document. La situation a été prise très au sérieux dès sa découverte », a écrit Sagette Gagnon, porte-parole du CSSSH.
Aucun argumentaire précis n’était développé sur le document intercepté, dont les instigateurs étaient en 5e secondaire, a exposé la porte-parole : « C’était écrit à la main, sur un bout de papier, et il n’y avait rien d’autre d’écrit que “Pétition pour légaliser le viol” ».
Trois élèves l’avaient « officiellement » signée, mais « il y avait 12 noms sur le bout de papier : la signature de l’élève initiateur, deux noms lisibles, des doublons, des noms illisibles ou fictifs », a-t-elle ajouté, en précisant que la direction de l’école avait « rapidement rencontré les élèves et communiqué avec les parents ».
Après une intervention de la psychoéducatrice de l’école et une rencontre avec des policiers de la Sûreté du Québec, il a été déterminé que « ce geste se voulait une mauvaise blague de mauvais goût », mais il a été traité « avec tout le sérieux qu’imposait son contenu », car « de tels propos sont inadmissibles et répréhensibles », a soutenu Mme Gagnon.
Aucune accusation n’a été portée contre les deux élèves.
« Ce n’est pas normal »
Il n’a pas été possible de déterminer si cette pétition était la même que celle évoquée par Rafaël Provost. Celui-ci refuse de confirmer la chose par souci de maintenir le lien de confiance avec l’école qui l’a contacté. De toute manière, qu’il s’agisse d’une ou de deux pétitions, l’essentiel, c’est que « ce genre de pétition est la pointe de l’iceberg », insiste-t-il.
Et il ne faut surtout pas la classer dans la catégorie des blagues de mauvais goût, tranche-t-il.
Ça ne devrait jamais être associé à une blague, parler de viol. Jamais. Moi, c’est ça qui me fait peur : comment ça que des jeunes et des moins jeunes [puissent dire que] ce n’est pas si grave, que c’est juste une blague ? Ce n’est pas normal.
Au secondaire, l’éducation à la sexualité obligatoire est principalement offerte dans le cadre du programme Culture et citoyenneté québécoise, c’est-à-dire aux élèves de 1re, 2e, 4e et 5e secondaire2. On y parle de violence sexuelle et de la notion de consentement, notamment.
Mais les écoles manquent de moyens, et c’est pour cela que le gouvernement doit déployer des ressources pour prévenir le masculinisme et les violences sexuelles, « de façon urgente », insiste Rafaël Provost. Après tout, c’est la voie qu’ont empruntée les Britanniques avec l’imposition de cours obligatoires pour contrer la misogynie.
La secrétaire d’État à l’Éducation du Royaume-Uni, Lucy Powell, a justement dévoilé les grandes lignes du programme il y a quelques jours. Celui-ci vise à « fournir aux écoles un nouveau plan d’accompagnement pour s’attaquer à la misogynie et contrer l’influence de figures telles qu’Andrew Tate », selon un communiqué de presse gouvernemental.
L’influenceur masculiniste britannique, qui conteste ces jours-ci avec son frère Tristan son extradition vers le Royaume-Uni, n’est pas le seul à porter le blâme, prévient Rafaël Provost. « Il y a plein d’autres personnes plus subtiles que lui sur les réseaux sociaux. On l’a vu cet été avec Medusa3. Il y a quelque chose d’enraciné », déplore-t-il.
1. Lisez « “À boutte” du masculinisme » 2. Consultez ce que dit le site du gouvernement du Québec à propos de l’éducation à la sexualité 3. Lisez « Julien Duguay, alias Medusa : les propos misogynes d’un influenceur québécois font des vagues »
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