Un peu de couleurs et de bagarre
La journée de jeudi a été grise et la campagne caquiste, plutôt beige au cours des derniers jours. La cheffe, Christine Fréchette, s’en tient désormais à une seule mêlée de presse par jour. Depuis le cafouillage autour d’un risque d’ingérence dans la campagne québécoise, puis la publication de sondages montrant une dégringolade de la Coalition avenir Québec (CAQ), les échanges avec les médias se font plus rares.
Pour la deuxième journée de suite, Le Devoir consacre donc ce carnet à la ministre sortante France-Élaine Duranceau, visiblement appelée en renfort pour mettre un peu de piquant dans la course. Dans ses échanges avec les citoyens, la cheffe de la CAQ est plutôt réservée. Mme Duranceau, elle, a du bagou et va droit au but.
Lors d’un passage au centre communautaire Roussin, dans Pointe-aux-Trembles, les caquistes ont interrompu le cours de peinture de quelques femmes, toutes installées derrière leur chevalet. Mme Duranceau s’est approchée de l’une d’elles, qui avançait une toile très colorée. « Est-ce que votre priorité, c’est de faire un référendum ? », lui a-t-elle demandé après une brève introduction. La femme venait tout juste de lui dire que son « idée est pas mal faite ».
Entre les lignes, on a vite compris que le cœur de l’artiste en herbe ne penchait pas pour la CAQ. La dame a salué le travail de la députée caquiste sortante, Chantal Rouleau. « Mais il y a d’autres petites affaires… », a-t-elle ajouté prudemment. Et le référendum ? « Je ne suis pas sûre qu’il va y aller », a analysé la citoyenne. Elle n’était visiblement pas convaincue par l’engagement ferme de Paul St-Pierre Plamondon, qui promet de consulter la population au sujet de l’avenir du Québec à la fin d’un premier mandat péquiste.
Un peu plus loin, une autre dame observait sa toile, presque entièrement brune, avec un air perplexe. « Je ne sais pas vraiment comment ça va finir », a-t-elle dit à Mme Fréchette, en faisant non pas référence à la campagne électorale en cours, mais à son œuvre. « Quand tu ne sens pas rien… », a répondu la première ministre sortante. Encore une fois, la référence était à l’œuvre, et non pas à la joute électorale.
Outre la peinture, les utilisateurs du centre communautaire étaient quelques-uns à jouer au billard. D’autres ont dit venir sur place pour faire du yoga ou de la boxe — un sport qu’affectionne aussi la candidate Rouleau.
Mme Duranceau, elle, ne portait pas de gants de pugiliste. Reste qu’elle ne pourra pas dire qu’elle ne s’est pas battue.
En point de presse, elle a envoyé quelques jabs au chef péquiste, en l’associant au président américain, Donald Trump. À une journaliste anglophone qui lui demandait si elle avait jeté l’éponge, elle a — comme sa cheffe — répondu par la négative. « Est-ce qu’on a l’air de [jeter l’éponge] ? » ont demandé les deux femmes de manière rhétorique.
Quelques secondes plus tard, Mme Duranceau a ajouté sa couleur (de guerrière) à la réponse. « Fighting ! », a-t-elle lancé, à quelques jours du son de cloche qui viendra marquer la fin du round électoral.
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