Les centres de données inondent Québec de demandes d’électricité

Le gouvernement du Québec fait face à une avalanche de demandes d'allocation d'électricité de la part des centres de données, malgré le tarif trois fois plus cher qu'Hydro-Québec a annoncé vouloir leur imposer. Devant la Régie de l'énergie, jeudi, la société d'État a chiffré l'ampleur du phénomène, pour la première fois.
Le gouvernement examine actuellement des demandes totalisant 2500 mégawatts (MW) provenant des centres de données. C'est l'équivalent de la consommation de 2 millions de résidences.
Hydro-Québec n'a ni la capacité ni l'intention de leur fournir autant d'électricité, mais cela révèle l'ampleur de l'appétit de cette industrie, poussé par l'essor de l'intelligence artificielle (IA).
C'est un niveau sans précédent et sans comparable
, a expliqué Sarah Trabelsi, cheffe de la tarification à Hydro-Québec, durant les audiences.
La demande pour notre électricité est en forte croissance et les centres de données [y] contribuent de manière très conséquente
, a-t-elle ajouté.

Un nouveau centre de données construit par Microsoft à Toronto.
Photo : Radio-Canada / Patrick Morrell
La société d'État estime que d'ici 2035, 20 % de la demande additionnelle d'énergie dans la province viendra uniquement des centres de données.
Et ces demandes s'ajoutent à ce que les centres de données utilisent déjà dans la province (190 MW) et à ce que le gouvernement du Québec leur a déjà alloué pour de futurs projets (entre 700 et 1000 MW).
La société d'État estime que 1102 MW seront consommés par ces fermes de serveurs d'ici 2035, et ce chiffre est vraisemblablement sous-estimé
, compte tenu de la profondeur de marché exceptionnel
des centres de données.
Les demandes de raccordement s'accumulent dans un contexte où la ressource énergétique est limitée
, fait valoir Hydro-Québec, ce qui crée de la pression
.
Selon Sarah Trabelsi, il faudrait l'équivalent de deux complexes hydroélectriques de la Romaine supplémentaires pour produire l'électricité nécessaire.
Aux États-Unis, la forte demande des centres de données a poussé les prix de l'électricité à la hausse. Fournir plus d'énergie nécessite de nouvelles infrastructures qui sont payées par les tarifs de l'ensemble des consommateurs.
C'est pour essayer de maîtriser et d'atténuer cet impact sur l’ensemble de la clientèle qu’on propose ces tarifs.
Le nouveau tarif proposé
Depuis jeudi, la Régie de l'énergie étudie la proposition de la société d'État de faire passer le tarif des centres de données de 4,3 cents le kilowattheure à 13 cents.
Le nouveau tarif correspond à peu près à ce qu'il en coûte aujourd'hui de produire de la nouvelle électricité. Les autres consommateurs paient plutôt un tarif plus proche du coût moyen (4,8 cents) qui prend en compte le faible coût de production des centrales hydroélectriques construites depuis des décennies.
L'augmentation du tarif imposé aux centres de données serait progressive sur cinq ans.

Le centre de données de Bell en construction près de Regina, en Saskatchewan.
Photo : Radio-Canada / Adam Bent
Le gouvernement du Québec s'est déjà déclaré favorable au développement de cette industrie au Québec, dans la mesure où elle paie plus cher son électricité.
La hausse des prix proposée ne semble toutefois pas avoir ralenti l'appétit de l'industrie pour l'électricité abordable et renouvelable du Québec.
Depuis le dépôt de la demande [de nouveau tarif auprès de la Régie de l'énergie], nous n'avons remarqué aucun ralentissement dans la demande.
Google et l'industrie s'opposent à la hausse de tarifs
Des entreprises comme l'américaine Google participent aux audiences de la Régie et s'opposent à cette hausse de tarifs. La multinationale américaine espère obtenir 380 mégawatts d'électricité pour un projet à Beauharnois, en Montérégie.
À titre de comparaison, Northvolt avait obtenu 354 mégawatts pour son projet abandonné, soit l'équivalent de la consommation de toutes les résidences de Longueuil.
La compagnie américaine Keel Infrastructure, qui a un projet controversé à Sherbrooke, est également présente.

La multinationale Google a confirmé son intention d'acquérir un terrain de 62,4 hectares appartenant à Hydro-Québec, à Beauharnois, pour y construire un centre de données.
Photo : Getty Images
D'autres industries s'opposent, elles aussi, à cette hausse de tarifs, par crainte d'être les prochaines à devoir payer le coût marginal.
D'autres intervenants craignent que le gouvernement soit tenté de donner les blocs d'électricité en priorité aux centres de données s'ils paient plus cher et donc rapportent plus à l'État.
Contrairement à d'autres usines, les centres de données ne peuvent pas mettre sur pause leur consommation durant les pointes de consommation hivernales.

Un nouveau centre de données Meta, au nord-est d'Edmonton, en Alberta.
Photo : Radio-Canada / Nathan Gross / CBC
D'immenses centres de données en construction au Canada
Des mégachantiers de centres de données sont en cours dans plusieurs provinces canadiennes, ce qui met de la pression sur les ressources énergétiques, mais aussi sur la ressource en eau pour refroidir les fermes de serveurs.
Une opposition aux centres de données voit le jour partout au pays en raison d'inquiétudes pour l'environnement et pour l'impact social du développement de l'intelligence artificielle.
Le Canada compte actuellement cinq centres de données d’une capacité d’au moins 50 mégawatts. Ce nombre va toutefois exploser : 159 projets étaient en construction ou dans les plans en juillet au pays, selon une récente étude de l’Université York. Parmi ces projets, 116 devraient avoir une capacité supérieure à 100 mégawatts, une première au Canada.
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